Humanisme

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente » [1]

Je laisse le commentaire à Albert Jacquard:

« ‘Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente’, Saint Exupéry, Lettre à un Otage. Cette évidence, tous nos réflexes la nient. Notre besoin superficiel de confort intellectuel nous pousse à tout ramener à des types et à juger selon la conformité aux types ; mais la richesse est dans la différence. Beaucoup plus profond, plus fondamental, est le besoin d’être unique, pour « être » vraiment. Notre obsession est d’être reconnu comme une personne originale, irremplaçable ; nous le sommes réellement, mais nous ne sentons jamais assez que notre entourage en est conscient. Quel plus beau cadeau peu nous faire l’ « autre » que de renforcer notre unicité, notre originalité, en étant différent de nous ? Il ne s’agit pas d’édulcorer les conflits, de gommer les oppositions ; mais d’admettre que ces conflits, ces oppositions doivent et peuvent être bénéfiques à tous. La condition est que l’objectif ne soit pas la destruction de l’autre ou l’instauration d’une hiérarchie, mais la construction progressive de chacun. Le heurt même violent, est bienfaisant ; il permet à chacun de se révéler dans sa singularité ; la compétition au contraire, presque toujours sournoise, est destructrice, elle ne peut aboutir qu’à situer chacun à l’intérieur d’un ordre imposé, d’une hiérarchie nécessairement artificielle, arbitraire. » [2]

L’humanisme, l’amour des autres, l’intérêt pour autrui n’est pas un principe abstrait. Il a sa place au travail. Il fait même partie de la méthode. Celle qui permet de réussir ensemble.

 

[1] Antoine de Saint-Exupéry, lettre à un otage, 1943

[2] Albert Jacquard, La Génétique et les hommes, Editions Le Seuil, 1978

 

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